Mémoire d’un cep : une vie enracinée dans la terre au domaine Sarrat d’en Sol et son vin fitou
- famillebrassou
- 20 janv.
- 4 min de lecture

Je suis un vieux cep.
Je vais avoir 110 ans
Mes racines plongent profondément dans la terre sèche, au cœur du Domaine Sarrat d’en Sol.
J’ai vu passer les saisons, les hommes, les vendanges et les vents.
J’ai vu des grands hommes naître, grandir et faire changer le monde.
Je suis un vieux cep authentique, originel, non cloné
Je suis aussi né d’un geste ancien, celui de la sélection massale, quand le vigneron choisissait avec soin les sarments des plus belles vignes pour donner naissance à une nouvelle génération.
Je suis issu d’un vignoble ancien, d’une origine préservée
Je suis un héritier.

Ma naissance dans la terre
Il y a plusieurs décennies, une main humaine a planté un jeune sarment dans cette terre ocre et pierreuse.
C’était un morceau de bois vivant, prélevé sur une vigne voisine qui avait prouvé sa force et son équilibre.
Je me souviens de la pluie qui m’a accueilli, du soleil qui a séché la boue sur mes premières feuilles, et du vent qui a sculpté ma forme.
C’est ainsi que je suis devenu un cep, enraciné dans le sol Sarrat d’en Sol, colline du soleil.
Au fil des années, mes racines ont cherché l’eau, loin sous les pierres.
Elles ont traversé les couches de calcaire, de schiste, d’argile.
Elles ont appris à connaître chaque fragment du sol, chaque parfum de la garrigue.
Cette quête souterraine est ma mémoire, mon lien le plus profond avec le terroir.

Mes compagnons de vigne
Autour de moi, il y avait d’autres jeunes ceps : des Carignans vigoureux, des Grenaches souples, quelques Mourvèdres timides.
Nous avons grandi ensemble, dans le vent du sud et la lumière écrasante de l’été.
Nous avons appris à résister à la sécheresse, à plier sans rompre quand la tramontane, le cers hurlaient sur les collines.
Certains d’entre nous n’ont pas survécu.
Mais ceux qui ont tenu ont donné le meilleur d’eux-mêmes, année après année.
Et de nos grappes mêlées naissaient ces vins puissants et généreux, que les vignerons appelaient simplement vin Fitou, Corbières.

Les hommes et le temps
J’ai vu passer plusieurs générations de vignerons.
Des mains différentes, mais le même regard lorsqu’ils s’approchent de moi : respect, exigence, reconnaissance.
Je les ai vus tailler, labourer, soufrer, sulfater, vendanger, replanter.
Et à chaque fois, je les ai vus prélever un sarment sur mes bras noueux pour créer une nouvelle vigne ailleurs, plus haut sur la colline.
Ainsi se perpétue la sélection massale : c’est à travers moi que d’autres ceps sont nés, porteurs de ma mémoire et de ma force.
Le monde autour de moi a changé.
Les machines ont remplacé les chevaux.
Les routes ont remplacé les sentiers.
Mais ici, au domaine Sarrat d’en Sol, les gestes sont restés les mêmes.
L’homme continue de m’observer, de me comprendre, de m’écouter, de me respecter
Et si un vieux cep racontait ce qu’il a vécu
Je suis un vieux cep, je suis né en 1913.
J’ai vu naître Charles Trenet, Albert Camus et Edith Piaf. Je me rappelle, Gabrille Chanel ouvrait sa maison de couture, Roland Garros traversait la méditerranée en avion.
J’aurais presque pu assister au naufrage du Titanic, au vol de la Joconde au Louvre et à la naissance de la tour Eiffel !
Je me suis battue en 1907 lors de la révolte des vignerons du Languedoc.
Mais malheureusement j’ai aussi assisté au génocide des Arméniens, à la première et seconde guerre mondiale.
Des jours meilleurs verront le jour car aujourd’hui la France est la première puissance agricole européenne et un acteur important de la transition écologique.
Je suis âgé mais je me rappelle
Je suis encore là, j’ai vécu et je résiste

Les saisons du vin Fitou
Chaque année, je revis la même danse.
L’hiver m’endort, la taille me réveille.
Au printemps, la sève remonte lentement, gonfle mes bourgeons, et mes feuilles s’ouvrent comme de petites promesses vert tendre.
L’été, le soleil me brûle la peau, mais mes racines profondes gardent la fraîcheur des sous-sols.
Je respire la garrigue, le romarin, le thym, la pierre chaude.
Je sens les abeilles, les cigales, la poussière.
Et lorsque vient septembre, les vendangeurs reviennent, comme chaque année, avec leurs paniers et leurs rires.
Je sais alors que mes fruits deviendront vin.
Un vin qui porte en lui tout ce que j’ai vécu.

Ce que je suis devenu
Aujourd’hui, je suis un vieux cep.
Mon tronc est tordu, crevassé, mais vivant.
J’ai donné des milliers de grappes, nourri des centaines de récoltes.
Je produis moins qu’autrefois, mais mieux.
Mes raisins sont plus petits, plus concentrés, plus profonds.
On dit que les vieilles vignes donnent les plus beaux vins : c’est vrai.
Ce n’est pas une question d’âge, mais de mémoire.
Chaque gorgée d’un vin Fitou au Domaine Sarrat d’en Sol contient un peu de moi : un peu de garrigue, un peu de mémoire, de pierre, un peu de vent, un peu de feu.
Et beaucoup d’histoires.

Mon héritage
Je sais qu’un jour, je ne donnerai plus de fruits.
Mais avant cela, le vigneron prélèvera encore un sarment sur mes branches.
Ce bois, il le plantera ailleurs, dans une jeune parcelle.
Et de cette nouvelle vigne naîtra un autre cep, qui portera un peu de ma sève, un peu de ma mémoire.
Ainsi va la vie en haut Fitou : rien ne meurt vraiment, tout se transforme et continue de pousser.
Je suis un cep du Domaine Sarrat d’en Sol.
Je suis né d’un geste humble, j’ai vécu sous le soleil du sud, j’ai résisté au Cers et j’ai nourri des générations de vins.
Je suis la mémoire du vin Fitou, enracinée dans la terre et dans le temps.






