Au domaine Sarrat d’en Sol, sommes-nous les derniers à vendanger à la main ?
- famillebrassou
- 20 janv.
- 4 min de lecture

Chaque automne, quand la lumière devient plus douce et que la garrigue embaume le thym, le romarin, une question revient sur toutes les lèvres :
Sommes-nous les derniers à vendanger à la main ?
Dans les collines du haut Fitou, les machines à vendanger gagnent du terrain. Elles avancent vite, fortes, efficaces, inlassables.
Elles passent là où, autrefois, les voix des vendangeurs résonnaient dans les vignes.
Mais ici, au Domaine Sarrat d’en Sol, les ciseaux continuent de chanter.
Nous récoltons toujours à la main. Et ce n’est pas un hasard. C’est un choix.
Les mains de l’homme défient alors la machine

Le geste ancien de la récolte à la main
Cueillir une grappe à la main, c’est un geste simple, presque banal.
Mais c’est un geste qui change tout.
Les mains savent ce que la machine ignore : la maturité exacte d’un raisin, la texture d’une peau, la douceur d’un grain prêt à être cueilli.
Dans les vignes de vin Fitou, souvent plantées en coteaux ou sur des terrains pierreux, la vendange manuelle est aussi une question de respect.
Respect du cep, de la terre, du fruit.
Là où la machine secoue, la main choisit.
Elle trie, elle observe, elle comprend.
Ce savoir-faire, transmis de génération en génération, fait partie de notre identité.
Chaque vendangeur devient le lien entre la vigne et le chai, entre la nature et le vin à venir.

Vin Fitou, un terroir qui ne se mécanise pas
Le Fitou est un territoire de caractère.
Ici, les vignes s’accrochent à la pierre, les racines plongent entre les blocs de calcaire, et la tramontane balaie la vallée sans relâche.
Ces conditions rendent souvent la mécanisation difficile, voire impossible.
Mais au-delà de la topographie, c’est une question de philosophie.
Les vieilles vignes du Domaine Sarrat d’en Sol, certaines âgées de plus de 110 ans, ne supporteraient pas le passage d’une machine.
Leur structure, fragile et tordue, demande de la délicatesse.
Vendanger à la main, c’est prolonger leur vie.
C’est préserver la richesse de ces ceps qui donnent aux vins du domaine leur complexité et leur authenticité.

La machine : un gain de temps, mais à quel prix ?
La vendange mécanique a bouleversé la viticulture moderne.
En quelques heures, elle peut récolter ce qu’une équipe mettrait plusieurs jours à cueillir.
Elle permet de réduire les coûts, d’intervenir plus vite, parfois de sauver une récolte menacée par la pluie, la sécheresse.
Mais elle emporte aussi une partie de l’âme du vin.
Les baies éclatent, le jus s’oxyde, les feuilles se mêlent aux grappes.
La sélection fine, le tri naturel, le rythme lent du travail humain disparaissent.
Dans notre domaine en Haut Fitou, chaque grappe reflète la personnalité d’un terroir rude et lumineux. Chaque grappe résiste et façonne nos vins.
La main a du courage, la main comprend et respecte cette Nature.

Le choix du Sarrat d’en Sol : le temps et la fidélité
Au Domaine Sarrat d’en Sol, nous avons choisi de rester fidèles à la vendange manuelle.
Ce n’est pas par nostalgie, mais par conviction.
Nous croyons que le vin doit rester un travail de vivant à vivant.
Chaque matin de septembre à octobre, nos vendangeurs entrent dans les rangs avec leurs sécateurs.
En pleine nature, dans des paysages sublimes, le soleil se lève lentement sur les collines du Fitou, la rosée brille sur les feuilles, et le bruissement des sécateurs, des seaux, remplace le grondement des moteurs.
Ce rythme lent, presque méditatif, nous relie à ce que la vigne a de plus vrai : la patience.
La vendange manuelle nous permet aussi de trier sur place, grappe après grappe.
Seuls les raisins mûrs et sains rejoignent la cuve.
Les feuilles sont écartées, faire le choix de la qualité.
Ce soin se retrouve dans chaque bouteille : des vins précis, équilibrés, fidèles à leur terroir.

Des vendanges manuelles de passionnés et de partage
Dans un monde où l’on a perdu la culture du travail manuel, vendanger à la main est un acte de résistance mais aussi de folie.
Le coût est plus élevé, la fatigue est physique, le personnel difficile à recruter.
Mais cette aventure humaine est si riche et valorisante.
De purs moments festifs, de convivialité où chaque détail compte: un regard, un rire, une chanson, une histoire personnelle racontée qui se retrouvent forcément dans nos cuvées.

Et demain ?
Le monde change.
Les coûts augmentent, la main-d’œuvre se fait rare, et la pression économique pousse de nombreux domaines à se tourner vers la mécanisation.
C’est une réalité que nul ne peut ignorer.
Mais dans cette course à la productivité, certains choix méritent d’être défendus.
Nous savons qu’en restant attachés à la vendange manuelle, nous défendons plus qu’un mode de récolte : nous défendons une manière de faire du vin.
Une manière d’exister et de résister
Une manière où chaque grappe est respectée, où chaque vin conserve sa singularité.
Un vin de partage, un vin de lien social.
Alors oui, peut-être que nous sommes parmi les derniers.
Mais si c’est le prix à payer pour garder nos vins vivants, nos vignes en santé et notre Fitou fidèle à lui-même, alors nous l’assumons pleinement.

Le vin Fitou : un vin de main d’homme
C’est un vin de gestes, de regards, de partage et de patience.
Un vin façonné par le vent, le soleil et la main du vigneron.
Ici, chaque grappe est cueillie, non arrachée.
Chaque vin est pensé, non fabriqué.
Et c’est dans cette différence, dans cette lenteur assumée, que réside la vérité de notre terroir.

Au Domaine Sarrat d’en Sol, la vendange manuelle n’est pas un vestige du passé.
C’est une promesse. Celle de continuer à faire du Fitou un vin de caractère, d’émotion et de respect.
Un vin qui garde le goût du temps et la trace de la main qui l’a cueilli.
Un vin de courage et de sueur
Mais un vin qui comprend et respecte la nature
Un vin de femmes et d’hommes passionnés et encore vivants







